Shaun Hamill – Une cosmologie de monstres

51LKRP9eE6L._SX340_BO1,204,203,200_.jpg« Dans Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill allie brillamment les univers angoissants de H.P. Lovecraft avec l’histoire contemporaine d’une famille menacée de destruction par des forces surnaturelles. Il réussit son coup, parce que ces braves gens pourraient être nos voisins. L’horreur ne fonctionne que lorsque nous nous attachons aux personnes concernées ; nous nous attachons aux Turner, et leurs cauchemars deviennent les nôtres. La prose de Hamill est sobre, tout simplement belle. Voilà à quoi ressemblerait un roman d’horreur signé John Irving. J’ai adoré ce livre, et je pense qu’il vous plaira aussi. » Stephen King


Si vous souhaitez lire une chronique d’Une cosmologie de monstres dont l’auteur connaît l’œuvre de Lovecraft et peut donc vous parler de cet aspect mieux que moi, je vous conseille cette chronique↗ que les éditions Albin Michel ont partagée sur Facebook↗.
En ce qui me concerne, je vais me contenter de parler du livre que j’ai lu, sans l’œil expert d’un lecteur assidu de Lovecraft (ce que je ne suis pas du tout !), sans avoir débusqué toutes les références, les subtilités et les clins d’œil qui ne sont pas explicitement mentionnés. L’idée est donc de dire que l’on peut très bien comprendre et aimer ce roman sans être lecteur de Lovecraft, cela ne doit vraiment pas vous faire peur. Je reviendrai d’ailleurs sur ce sujet à la fin de la chronique.

****************************************************************************

Presque tout le monde vous le dira : Une cosmologie de monstres est un vrai page-turner. Je ne suis pas tellement utilisatrice de cet anglicisme, mais c’est pourtant celui utilisé, plutôt à raison d’ailleurs ; ça se lit très bien, très vite et surtout, ça se vit. À peine avais-je reçu ce roman que j’étais rendu à la page 120 sans vraiment m’en rendre compte, surprise par ma soudaine rapidité de lecture alors que je galère depuis le début du mois à lire ne serait-ce qu’un chapitre d’un coup. Les raisons de cette rapidité, se sont l’écriture, l’ambiance et la famille Turner.
De façon générale, le livre est très bien écrit, carré, propre. J’ai croisé des tournures de phrase, des mots ou des groupes de mots qui ont déclenché ce genre de réflexion : « dans un autre roman, on aurait eu droit à un au final ». Et c’est très plaisant de lire sans se dire que l’auteur ou le traducteur a été au plus simple, alors qu’il y a plus joli et plus français (Rappel : au final↗ n’existe pas !) Cependant, je ne certifie avoir raté aucune erreur et aucun au final perdu dans ce texte, car lorsque je suis vraiment dans un livre, je ne vois plus les petits défauts qui me sautent aux yeux lorsque la lecture est compliquée – en revanche, j’ai bien noté les répétitions du mot « stroboscopique ».
Très agréable également de lire avec plaisir, et c’est la première réflexion que je me suis faite : j’ai aimé lire ce texte, les mots en eux-mêmes qui, ensemble, ont formé quelque chose d’harmonieux et de prenant, le tout très bien ponctué. Mais vous le savez, une écriture ne fait pas tout avec moi, aussi ai-je eu besoin que le reste suive.

Entre ambiance dramatique et fantastique, Une cosmologie de monstres jongle avec brio entre deux univers qui se marient à la perfection et s’immiscent dans la vie de la famille Turner. Une famille qui trouve sa source dans la rencontre entre une étudiante et un passionné de littérature fantastique – de Lovecraft entre autres. De cette union, naîtront trois enfants et autant de drames venus noircir la monotonie de la vie. Maladie, enlèvement, dépression, les Turner sont ce qu’on pourrait appeler des gens maudits. Au cœur de cette intrigue à la fois inquiétante et bouleversante : la famille, traitée bien différemment de ce que l’on pourrait imaginer. On est loin des liens indéfectibles ou de la haine profonde, et on se retrouve un peu déconcerté face à tant de banalité et parfois d’indifférence, entre deux élans surprenants d’amour. En somme, des gens qui, comme le souligne King « pourraient être nos voisins ». Et c’est effectivement important dans la mesure où je pense que si on ne s’attache pas à ces gens banals, on ne vit pas l’histoire de la même façon. Et si ces gens n’avaient pas été autant banals, je ne me serais pas attachée à eux de la même manière et aurais vécu l’histoire totalement différemment. Bref, Shaun Hamill a parfaitement adapté ses personnages aux besoins de l’histoire et de la lecture en saupoudrant la banalité de dramatique.
Puis, de façon tout à fait discrète, le fantastique vient se greffer à l’intrigue. On jouerait presque avec le monstre sous le lit qui nous a tous terrorisés enfant, et il y a en effet un peu de ça. On reste donc dans le simple niveau fantastique, loin des œuvres qui ne cherchent qu’à impressionner et terrifier le lecteur ; ici, c’est plus subtil que ça. J’aurais d’ailleurs pu complètement passer à côté du pan fantastique de cette intrigue, le trouver repoussant, improbable ou trop perché. Mais non. Shaun Hamill a fondu son intrigue imaginaire dans le réel, le vrai, le monde et le quotidien que l’on connaît, et la vie des Turner enrobée de monstres n’a été de fait qu’embellie. Et ma lecture et la réflexion aussi, grâce à des sujets forts parfois traités en filigrane ; le sacrifice, le pardon, la mort…

Oui, l’intrigue reste classique lorsqu’on la regarde de loin, mais ce sont les petits détails qui font son originalité et sa réussite. Car oui, Une cosmologie de monstres est une réussite, autant dans ses pans fantastique et dramatique, que dans l’intrigue, les sujets traités et l’écriture du texte et des personnages parfaitement développés, soit dit en passant. Tous les ingrédients mis bout à bout offrent au lecteur une ambiance particulière, une intrigue passionnante et intrigante pour un instant de lecture cent pour-cent plaisir qui bouscule les émotions et les ressentis, jusqu’à la dernière ligne.

La vie transforme n’importe qui en monstre, mais ce n’est jamais irréversible. La souffrance et la mort sont bien réelles, mais l’amour, la famille, et le pardon aussi.

Avant de partir
Lorsque je termine un livre et que ma chronique est posée dans les grandes lignes, je vais lire les avis des autres. Pour Une cosmologie de monstres, une critique irritante est régulièrement revenue : certains lecteurs sont déçus de ne pas avoir trouvé Lovecraft ni son univers chez Shaun Hamill, à part quelques citations et les titres des parties empruntés aux nouvelles de l’auteur. De ce fait, leur avis final penche vers le négatif parce qu’ils pensaient retrouver Lovecraft ; ce ne sont pas mes mots, mais les leurs. Je ne peux leur reprocher. Aujourd’hui tous les auteurs sont comparés à d’autres auteurs, et pas uniquement de la part des maisons d’édition ! Les lecteurs eux-mêmes ont tendance à comparer les auteurs entre-eux : ce que je déteste. Chaque auteur est unique et ne ressemble à personne d’autre ; il n’y a pas de « nouveau King », encore moins de « relève » et personne n’écrit du Lovecraft à part Lovecraft.
Donc, avant de partir et/ou de lire/acheter/commander ce livre, vous devez savoir ceci : vous ne lirez pas Lovecraft en vous plongeant dans Une cosmologie de monstres parce que ce n’est pas lui qui l’a écrit. Voilà, c’est tout con, mais apparemment, il faut le souligner.
thumbnail (3)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s