Boston Teran – Satan dans le désert

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1995. Aux confins du désert californien, Gabi, quatorze ans, est kidnappée par un psychopathe ultra-violent et sa secte satanique. L’insondable scène de carnage laissée par les ravisseurs ne livre aucun indice, la police patine, le sort de la jeune fille semble scellé. Fou de désespoir, son père, Bob Hightower, le flic local, se voit obligé de faire confiance à une ancienne adepte du culte : Case Hardin, une ex-junkie avec des comptes à régler. Leur quête commune ne tarde pas à se transformer en une traque sauvage marquée par la drogue et la violence, qui les oblige inexorablement à regarder le diable dans les yeux.


Dire que je suis une habituée des éditions Gallmeister serait un mensonge. Au contraire, bien que la qualité des ouvrages fasse la bonne réputation de cette maison d’édition, je suis très rarement emballée par les quatrièmes de couverture. Et pourtant, lorsque j’ai envie d’un certain niveau littéraire, c’est vers le catalogue Gallmeister que je me tourne, en trouvant parfois mon bonheur.
Très récemment, la maison d’édition a fait circuler Satan dans le désert via une publication sur Facebook et, entre le titre, la première de couverture et le résumé très original et intéressant, je me suis jetée dessus.

📚 Premières lignes (inspiré du concept du blog Ma lecturothèque)
Automne 1970.
DIMANCHE. Il est 7h23 lorsque le bureau du shérif de Clay, Californie, reçoit le coup de téléphone l’informant du meurtre d’une femme. Le garçon appelle d’une cabine située à l’entrée de l’autoroute. Son vélo tout-terrain gît à trois mètres de lui, sur l’accotement, là où il l’a balancé. Le vent souffle du sable entre les rayons de la roue qui continue de tourner. À cause des camions qui filent en rugissant, il doit couvrir son oreille pour entendre les questions du policier. Il relate une série d’images insoutenables, raccroche, s’assied par terre et pleure.
Deux voitures de police foncent sur Palmdale Boulevard, la Route 138, puis vire sur la 15 en direction du nord-est. Sirènes muettes, elles traversent Barstow et la ville minière fantôme de Calico, amas de tôles et de bardeaux au nord de l’autoroute.
Deux adjoints dans le premier véhicule. Un sergent dans le second. Silence de mort à bord. Après tout, on est ici dans le pays de Charles Manson, de The Process et de la sorcellerie de Sunset Boulevard. Une terre qui a engendré des expressions telles que « Tu tueras » et « Chaos et confusion ».

Un flic véreux qui se fait doubler ; un couple assassiné ; une adolescente enlevée ; un père qui enquête sur la disparition de son enfant ; une camée ancienne adepte d’une secte en cure de désintoxication ; des tueurs sauvages et terriblement violents ; sexe, viols, sévices, drogues, règlements de comptes, action et fusillade… Bienvenue dans Satan dans le désert, un polar très noir dans lequel je me suis confortablement installée du début à la fin.

Satan dans le désert, c’est l’histoire de Gabi qui se fait enlever après que sa mère et son beau-père ont été tués par une bande de méchants vilains, mais genre très vilains. Le genre de personnes à appartenir à une secte sanguinaire dont le gourou, Cyrus, être abjecte qui n’a aucune limite, drogue ses adeptes pour mieux les assouvir. Pillage, viols, violences physiques et psychologiques, séquestration, prostitution de ses victimes, rien ne lui fait peur et rien ne l’atteint.
Bob, le père de Gabi, décide d’enquêter sur la disparition de son enfant parce que du côté des flics, c’est le calme plat. Et c’est Case, une ancienne adepte de la secte de Cyrus et camée, qui va l’y aider. Parce qu’elle connaît parfaitement bien le personnage et sa violence, elle sait où il se planque, avec qui il bosse, ce qu’il trafique, Case est l’élément essentiel dans la traque de Cyrus. Le lecteur est donc convié à suivre la traque, de la préparation à la scène finale, menée par un duo hors norme : Case et Bob.

Et parlons un peu de ces deux-là. On pourrait croire que Bob est le bonhomme de l’histoire, celui qui tient les rennes du duo et qui prend les décisions. Le cerveau, les muscles et la puissance, après tout c’est un homme, qui plus est, c’est lui le parent de l’enfant disparue. Et bien pas du tout. Celle qui porte la culotte, c’est Case. Du caractère, du courage et beaucoup d’intelligence, cette jeune femme que l’on pourrait croire fragile (et elle l’est vachement quand même) va faire briller Bob par sa force. D’ailleurs, ce dernier à une évolution flagrante lorsqu’à la fin, on repense à ce qu’il était au début. C’est vrai quoi, jamais on aurait pensé qu’il aurait été aussi loin, ce flic de bureau ! et pourtant…
Il y a également une évolution entre ces deux-là, qui pourrait presque passer inaperçue tant elle est discrète et fine. La relation qui se crée entre les deux personnages, d’abord méfiants et hargneux, puis de plus en plus doux voire protecteurs, est très bien amenée et construite. On ne passe pas d’ennemis jurés qui ne peuvent pas se sentir, à deux êtres qui se comprennent et s’acceptent en un claquement de doigts. Il y a tout un travail fait sur cette relation que j’ai beaucoup aimé et qui sonne vrai.

Grâce à ce duo improbable mais terriblement fort, je suis montée à bord de la Dakota en compagnie de Bob et Case, puis j’ai assisté aux préparatifs avant la traque et enfin, j’ai participé à cette dernière, assise à l’arrière de la voiture, tremblant pour les personnages, espérant que tout le monde s’en sorte, priant pour que la petite n’ait rien compte tenu du caractère violent et impitoyable de son tortionnaire, Cyrus que l’on adore détester et dont l’auteur nous donne un aperçu, très régulièrement, de sa cruauté. Et parfois, il faut s’accrocher. Mais quel pied d’être enfin confrontée à un vrai gourou taré, comme promis ! (n’est-ce pas, Messe Noire de Peter Straub ?)
Je suis entrée dans l’histoire de chacun et j’ai laissé chaque personnage me raconter ce qu’il était et ce qu’il avait vécu. C’est parfois intense, presque insoutenable, forcément très noir, mais on ne peut dire que le lecteur n’est pas bouleversé. Et, avant le fait de passer un bon moment, c’est cela que je recherche : je veux que l’auteur me prenne par les tripes et m’arrache le cœur, en me montrant le pire ou le meilleur mais bon sang, qu’au moins j’ai l’impression de vitre un truc quoi !
Ce qui est sûr, c’est qu’avec Satan dans le désert, on en vit des choses. Ça secoue et ballote le lecteur dans tous les sens, ça arrive de tous les côtés et, lorsqu’on a un instant de répit, de douceur ou de complicité, on sait parfaitement que ça ne durera pas bien longtemps.
J’ai beaucoup aimé cette histoire d’une noirceur originale et troublante qui, parfois, m’a mise un peu mal à l’aise mais sans trop en faire au point de m’écœurer ou de me dégoûter de l’histoire. J’ai nagé dans l’obscurité grâce à la plume précise de l’auteur et ses scènes très visuelles, et j’ai adoré ça.

21 commentaires sur « Boston Teran – Satan dans le désert »

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