James Osmont – La trilogie psychiatrique : Livre 1 : Regis

51192RTuP1L._SX331_BO1,204,203,200_.jpgAucun d’eux ne l’a choisi. Certains l’ont subi ou provoqué, lui ont prêté allégeance, y ont finalement pris goût… Mais le Mal, solitaire et tout-puissant, trace sa route et anime ses pantins. Desseins mystérieux, atours inattendus, voies impénétrables ; il rôde et patiente dans le noir. Tant et tant, il tente et torture, sème la mort et le désarroi, se joue bruyamment de la condition des Hommes, de leurs faiblesses et de leurs bas instincts. Regis, Sandrine, Dolores, et tous les autres, se débattent, s’y noient… Ou bien s’en libéreront-ils, peut-être ? Et quel sera alors le prix à payer pour ces âmes turbulentes, égarées dans ce grand bal fou ?


À cause ou grâce à un épisode de ma vie, je me suis intéressée aux « troubles mentaux » et évidemment, aux institutions dans lesquelles ces personnes sont soignées, canalisées, parfois maîtrisées. Documentaires vidéos ou écrits, j’ai pendant longtemps mangé tout ce qui me passait sous le nez. J’ai été profondément remuée par ses êtres dans la souffrance, souffrance qui dégoulinait à travers mon écran et que j’ai pu ressentir et/ou vivre ; impressionnée par les traitements qui leur sont tantôt donnés, tantôt infligés ; bouleversée par les périodes de crise qui peuvent être choquantes, et touchée par l’empathie de certains infirmiers, soignants ou médecins (et l’indifférence d’autres). J’ai eu beaucoup de peine et j’ai été tellement bouleversée que je me suis écartée de ce milieu, ai cessé de m’informer et d’être fascinée par le fonctionnement humain, de cette manière-ci au moins, parce que j’ai traîné des cauchemars et images que j’aurais aimé ne jamais voir. J’en avais assez vu, assez entendu, j’avais trop à digérer.

De la « réalité », je suis alors passée à la fiction ; Les yeux de Slimane-Baptiste Berhoun, Shutter Island de Martin Scorsese, Stonehearst Asylum (Hysteria pour la version française) ou encore la saison 2 d’American Horror Story sont autant d’œuvres que j’ai lues ou regardées en grande partie pour le cadre dans lequel se déroulent les intrigues qui agit sur moi comme un aimant. Et cependant, je reste parfois très frileuse lorsqu’une œuvre pourrait me faire toucher d’un peu trop près la folie humaine, l’esprit humain, l’âme des gens torturés. Et c’est sûrement cela qui m’a empêchée pendant plus de deux ans, de me pencher sur Regis de James Osmont. Peut-être la peur d’y voir une trop grande réalité, l’auteur étant soignant en psychiatrie, m’a-t-elle interdite de m’y frotter. Peut-être était-ce elle cachée derrière mon scepticisme à la lecture de l’extrait gratuit de Regis sur Amazon, il y a de ça plusieurs années. Dans ce cas-là elle s’est forcément atténuée voir tue puisque récemment, je me suis procuré La trilogie Psychiatrique de James Osmont qui réunit Regis, Sandrine et Dolores, ses trois romans, et aujourd’hui je vous parle de Regis.

Sortant de Marcus Malte, il me fallait, stylistiquement parlant, quelque chose qui tienne la route. Concernant l’écriture, j’ai très vite été rassurée. On est sur quelque chose de très sympa et soignée. Vraiment, j’ai été surprise, mais force est de constater que très vite, les pages ont défilé parce que j’ai été portée par la fluidité du texte qui invite, indéniablement, à la lecture. D’ailleurs, cette écriture m’a rapidement permis de faire un constat que j’ai beaucoup aimé. L’auteur a créé (volontairement ou non) un parallèle flagrant en ce qui me concerne, entre la construction de l’histoire et l’esprit torturé des personnages. Je m’explique en essayant d’être claire.
Parfois, l’histoire semble s’embrouiller, se mélanger à d’autres périodes, quitter le chemin tracé par le squelette de l’intrigue, pour divaguer un peu et revenir peu à peu au chemin pris au début, revenir à elle-même en fait. Et c’est aussi un peu ce qu’il se passe parfois chez les patients qui soudain, à travers leur regard, quitte le vrai monde pour partir ailleurs et revenir progressivement et parfois de façon plus abrupte à eux-mêmes. Un peu comme Regis, en fait. C’est étrange comme ce phénomène m’a sauté aux yeux et beaucoup plu, d’autant plus qu’il est accentué, je trouve, par le côté « huis clos » de l’histoire. Nous sommes dans un hôpital psychiatrique duquel on ne s’échappe pas physiquement, mais on le peut par la pensée, par la musique (personnage à part entière) et même par la folie et les visites de l’entourage. J’ai adoré ressentir ça, que cela ait été créé intentionnellement par l’auteur ou soit un ressenti totalement personnel.

Ainsi, sous la plume de James Osmont, Regis est devenu humain. Trop humain. Si humain que je m’y suis attachée avec une affection très différente de personnages comme Cesaria (Carnage, constellation de Marcus Malte) ou Michael (La maison de fer de John Hart). C’était un attachement comme on s’attache à un enfant, c’était attendrissant et pas si courant que ça en littérature en ce qui me concerne. Et d’ailleurs, depuis et pendant la lecture, j’ai beaucoup rêvé d’enfants…
J’ai donc découvert Regis, son histoire, sa situation, son entourage, sa pathologie, ses conditions de vie, son état d’esprit et son âme. J’ai découvert l’homme derrière le patient et le patient derrière l’homme, mais les deux, finalement, se confondent et se complètent. Où commence l’un et où finit l’autre ? James Osmont a admirablement bien traité cela. Il n’a pas fait de son personnage une bête de foire qui aurait permis au lecteur d’assouvir son côté voyeur. Oui Regis pète des plombs, mais forcément vu sa pathologie et son passé ! Il n’empêche que toute l’histoire n’est pas basée là-dessus, à vouloir faire du sensationnel pour épater et/ou choquer le lecteur en lui mettant le nez dans tout ce qui peut remuer.
D’ailleurs, Regis n’est pas l’unique personnage central de ce roman qui en compte en fait trois, l’histoire de Regis étant entrecoupée par celles de Sandrine et Prédateur, deux autres personnages eux aussi torturés chacun à leur manière, mais surtout humanisés permettant ainsi à l’auteur de déployer l’éventail des sujets abordés à travers le personnel hospitalier, les victimes et les bourreaux, et de donner encore plus de consistance à Regis et de place à l’Humain, plus qu’à l’expression de la folie dans ce qu’elle a de plus impressionnant. Le récit est humanisé et ça, c’est top !

En définitive, j’angoissais que la folie, le pan psychiatrique, la maladie, les crises, le sensationnel, le choquant et toutes ces choses que j’ai pu voir ici et là et qui m’ont profondément marquée (et pas forcément dans le bon sens) prennent toute la place jusqu’à peut-être me mettre mal à l’aise ou me déranger. Et bien non.
J’ai apprécié ce livre, son histoire, son écriture et ses personnages. J’ai littéralement avalé le premier livre non pas pour savoir ce qui allait se passer puisque le rythme est plutôt lent et l’histoire légère (dans le sens qu’il n’y a pas tant de matière que ça et ça n’est pas négatif, c’est un constat) mais parce que j’étais prise par l’histoire, j’étais aux côtés de Regis et parce que finalement, ce livre est plaisant dans la simplicité (et la dureté) de ce qu’il raconte.
Bien sûr, il n’y a pas que ce côté humain. Il y a aussi la dureté de l’ensemble et de certaines scènes qui expliquent les personnages, mais remuent pas mal le lecteur. On remonte aux prémices de la folie qui a presque toujours une explication, folie qui apporte indéniablement une noirceur oppressante (comme j’aime) à l’ensemble du texte sans en faire trop. Alors oui, j’ai retrouvé ce côté réaliste de la chose, mais l’auteur, je le répète, ne fait pas dans le sensationnel ou le voyeurisme, et finalement, j’aurais dû le lire plus tôt ce livre !

Les petits plus : les illustrations du peintre Laurent Fièvre et la bande son qui accompagnent le livre, autant dire que cet ouvrage est, artistiquement, très complet. Un bonheur de voir ce genre de qualité et de diversité culturelle dans un livre.

La trilogie psychiatrique sur le site de la maison d’édition : Nouvelle Bibliothèque
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