● Roman policier / Polar

Julie Ewa – Les petites filles

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Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di, en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions (de petites filles essentiellement) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place. Elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village.
Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle se sent prise au piège.
Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… Oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant qui nous conduit au cœur d’une Chine cynique et corrompue, où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.


Ah la Chine… Ses rizières, ses jolis paysages, sa Grande Muraille… Ça ferait presque rêver. Sauf que dans Les petites filles, il n’est point question de rêves, mais de réalités. Entre policier et documentaire, ce roman nous emmène au cœur de ce que l’humanité peut faire de pire.

Comme beaucoup de femmes chinoises, Li-Li vivait dans une parfaite soumission, obéissant au doigt et à l’œil à un époux qu’elle n’avait jamais aimé, mais qu’elle devait honorer et servir, comme le préconisait Confucius. Après son mariage, elle avait quitté sa famille et ses amis pour accomplir le devoir de toute femme qui se respecte : satisfaire son mari en lui donnant un fils.

Quand on m’a conseillé ce livre, je me suis dit que c’est tout à fait le genre d’histoires que j’aime lire de temps en temps. Pas tout le temps parce qu’il y a une part de réalité difficile à encaisser dans ce genre de romans. En ce qui concerne celui-ci, on parle de trafics d’enfants, de pédopornographie, de ventes de petites filles, de meurtres… tout cela découlant plus ou moins de la politique d’un pays. Des pratiques et des lois qui ont réellement existé et qui peuvent en effet révolter.
Julie Ewa nous raconte l’autre côté de la carte postale. Le lecteur est complètement plongé dans cette sordide histoire de disparitions d’enfants découvrant des pratiques toutes plus inconcevables les unes que les autres. Alors oui, cela aurait pu être insoutenable, et l’auteure aurait pu choisir un angle d’attaque trop choquant. Parce que le sordide fonctionne sur certains lecteurs, parce qu’il fait vendre, on aurait pu choisir cette solution de facilité. Mais non.

Les petites filles, ça n’est pas que ça. C’est aussi la douceur de la Chine, les beaux paysages, l’amour d’une mère, l’innocence d’une enfant, la détermination de ceux qui veulent dénoncer et aider, la sagesse de certains hommes, la bonté de certaines femmes et puis c’est aussi essayer d’expliquer. Expliquer pourquoi et comment les femmes et les filles sont si détestées, humiliées et non désirées, non seulement par les hommes mais aussi par les mères ou les belles-mères qui sont elles-mêmes des femmes. Pourquoi la politique de l’enfant unique a été mise en place, pourquoi les fils sont autant précieux. Ça n’est pas forcément accepter, mais comprendre comment un pays peut fonctionner si différemment du nôtre parce que les pratiques se transmettent, parce que les lois punissent et peut-être aussi parce que les chinois ont peur.

Entre 1980 et 1999, dix mille sept cent soixante-huit enfants chinois avaient été enlevés et vendus, dont 70% avaient moins de sept ans. En tête de palmarès, l’adoption illégale de garçons, suivie de près par le commerce matrimonial et l’exploitation au travail. Venait ensuite l’industrie du sexe, certains pays délivrant des « visas artistiques » pour recruter de jeunes prostituées. Enfin l’ablation forcée d’organes avait aussi sa place, à des fins de transplantations pour de riches patients, souvent occidentaux.

J’ai beaucoup aimé cette histoire qui m’a montré une autre facette de la Chine et de l’humanité. J’ai été attendri pas les personnages et leur sort, révoltée par les actes de certains, les injustices du système, partagée entre compréhension et révolte et surtout j’ai été prise par cette chasse à la vérité.

Ce hameau baignait dans une mare fangeuse de rumeurs, de médisances et de mensonges. Chaque jour, les commérages passaient de bouche en bouche, amplifiés, remodelés et toujours déformés. Au fil des années, une croûte épaisse et inextricable avait recouvert la vérité, sans que personne soit plus capable de démêler le vrai du faux.

J’aurais pu citer tout le livre tant j’ai trouvé de nombreux passages percutants qui relèvent plus du documentaire que du thriller ou du policier. J’ai appris des choses, aussi dures soient-elles et j’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteure a choisi de traiter ce sujet. On s’informe tout en souhaitant connaître le dénouement. Comment tout cela va-t-il finir ? qu’est-il arrivé aux personnages ? aux enfants ? Et pourquoi retrouve-t-on des cadavres chaque fois qu’une question est posée ? Chaque question amène des réponses réelles qui ouvrent l’esprit et les yeux du lecteur. La fin percutante permet de lever le voile sur des pratiques qui glacent le sang. J’aime beaucoup ce genre de romans et celui-ci est vraiment bien construit, documenté, et les informations retranscrites de sorte que le message soit vraiment percutant.

Les petites filles

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