Sébastien Vidal – Woorara

41Oxp4uJg2L._SX302_BO1,204,203,200_Un homme criblé de trois balles est découvert dans un hameau isolé, sur le plateau de Millevaches. Tout porte à croire que le travail est l’oeuvre d’un professionnel. Pilotée par l’intraitable juge Laîné et le colonel Tognotti, l’enquête est confiée à un groupe de gendarmes. Parmi eux, l’adjudant Walter Brewski, une forte tête spécialiste de l’intervention. L’équipe n’a que très peu de choses à se mettre sous la dent. La victime semble tombée du ciel ; le tueur n’a laissé aucune trace. Pas de mobile apparent ni d’arme du crime. Seule la course-poursuite engagée avec une mystérieuse berline la nuit du meurtre donne un peu d’espoir aux limiers de la gendarmerie, le nez collé à la piste poussiéreuse d’un assassin insaisissable et invisible. Sous une chaleur caniculaire, un deuxième cadavre apparaît, présentant le même modus operandi… Parce que le présent se noue ici dans les méandres d’un passé, où couvent encore les braises de la haine et de la vengeance, l’affaire entre dans un tourbillon survolté et diabolique.


Avant d’être plongée dans l’histoire et d’être fascinée par l’intrigue, c’est un coup de coeur – un vrai – pour le style qui a eu lieu, et ce, dès la première page. Je ne saurais vraiment expliquer ce qui m’a autant plu. À vrai dire, tout. Les tournures de phrases légères qui font que la lecture est d’une fluidité addictive ; l’habile usage des mots qui fait danser les phrases ; le récit imagé et épuré ; les dialogues qui coulent de source… Oui, tout. Et forcément, c’est avec grand plaisir que les mots ont défilé sous mes yeux et que je me suis plongée au coeur de ce roman si particulier.

J’ai adoré avoir le point de vue de la gendarmerie et celui du tueur, en ayant un léger temps d’avance mais sans pour autant avoir toutes les données. Ainsi, j’ai eu tout le loisir d’admirer le cheminement des flics jusqu’à trouver le coupable et le mobile, tout en pouvant moi-même mener l’enquête – avec quelques éléments en plus. Le lecteur n’est pas spectateur de l’histoire, il est acteur, lui aussi peut s’amuser à chercher les indices, à faire des rapprochements et des déductions en même temps que la gendarmerie. C’est un concept de lecture assez intéressant. Les conclusions ne sont pas données toute prêtes. Le temps de réflexion des gendarmes permet au lecteur de s’immiscer dans l’enquête, et de lui-même réfléchir aux conclusions. Bon je suis très mauvaise à ce jeu là, il n’empêche que j’ai adoré ça !

J’ai beaucoup aimé les moments de poésie, comme cette rencontre improbable entre Brewski et un hérisson… Une rencontre qui s’étale sur quasiment trois pages, qui n’a absolument rien à voir avec l’enquête, et qui pourtant, poser là sans qu’on ne s’y attende, vient apporter un moment magique de douceur et de communion avec la nature. Et des petits instants de beauté comme celui-ci, on en retrouve d’autres décimés ici et là dans le livre. Des passages qui sont comme un moment de repos fait pour nous vider la tête de l’enquête, qui nous aident à reprendre notre souffle et à apporter une vision nouvelle sur l’affaire qui nous est offerte. Comme les personnages, le lecteur est autorisé à faire une pause pour repartir de plus belle dans l’histoire.

Et l’histoire justement… J’ai longtemps hésité avant de commencer ce livre, parce que le policier, c’est pas vraiment mon truc. J’ai énormément de mal à m’identifier aux flics dans ces cas là, surtout lorsqu’ils sont une caricature qui, malheureusement, se retrouve dans beaucoup de romans policier. Dans Woorara, pas du tout. Exit le méchant supérieur qui use de son statut pour bien enfoncé le bas de l’échelle, quitte à les traiter comme des chiens. Les procureurs et autre juges qui vous prennent de haut et exercent leur pouvoir à coup d’orgueil et d’arrogance. Non ici, l’équipe à ce petit côté familial, et c’est franchement plaisant de voir qu’il existe encore des personnages – qui plus est flics – qui ne se marchent pas les uns sur les autres pour monter un peu plus haut. Et finalement, ce roman n’a pas vraiment de personnage principal. Bien sûr que Walter Brewski prend beaucoup de place, mais il n’est pas le seul, et chacun à une place bien définie sans écraser l’autre. Le lecteur est transporté dans une fourmilière où chacun joue son propre rôle sans empiéter sur le territoire d’un autre. Nous avons donc tout le loisir de nous attacher à chacun des personnages et prendre plaisir à les voir évoluer et avancer.

Et si l’histoire m’a autant plu, c’est parce qu’elle est riche en enquête, indices et rebondissements, comme un vrai fait divers dont on attendrait avec impatience, le dénouement, l’explication et le jugement. Il y a chez Sébastien Vidal un petit quelque chose d’authentique, de naturel, de plausible… Ce sentiment de se trouver face à une enquête réaliste au possible, qui nous plonge au coeur de l’intrigue avec intérêt et passion. Moi qui suis une adoratrice des documentaires de ce genre, j’ai été servie. Et comblée aussi. J’ai adoré du premier au dernier mot.

Alors on se laisse volontiers bercer par la plume de l’auteur jusqu’au dénouement… comment dire… explosif ? C’est un mélange d’action, d’émotions et de révélation. L’intrigue voit son dernier acte se profiler, le mystère qui s’était drôlement épaissi se dissipe comme le brouillard, pour finalement laisser entrevoir le fin mot de l’histoire. Alors le lecteur rembobine le film, les images défilent dans sa tête, et tout s’éclaircit. Les personnages trouvent également leur fin, plus ou moins positives, plus ou moins touchantes. De la satisfaction concernant certains, beaucoup de tristesse et de compassion pour d’autres. Une large palette d’émotions est utilisée pour venir clore ce roman qui avait démarré sur les chapeaux de roue, et qui s’achève en apothéose. Bravo Monsieur Vidal !

Woorara

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5 thoughts on “Sébastien Vidal – Woorara

  1. Sébastien Vidal

    Waouh ! Mazette ! Diantre ! Saperlipopette ! damned !
    Quel sacré article ! Je suis tout rouge là. Mais que ça fait plaisir !
    Quand un lundi matin comme les autres on tombe sur « ça », ce n’est plus du tout un lundi matin banal. Vous avez très bien senti l’atmosphère et les différentes « intentions » que je souhaitais mettre dans ce livre, ça m’impressionne. On devine la lectrice chevronnée. Peut-être un jour prochain, pourrons-nous parler de tout cela, sur un salon ou ailleurs. Ce sera avec un grand plaisir. Je vous remercie très chaleureusement, j’ai pris une claque !
    Sébastien Vidal

    Aimé par 1 personne

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