Olivier Tarassot – Liberté je dessine ton visage

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Charlie est journaliste, en reportage au coeur de la Syrie.
Julie, sa compagne, est médecin urgentiste à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière.
Leur destin bascule quand Charlie est enlevé par l’État Islamique.
De Paris à Alep, en passant par la Turquie, des vies se croisent, se bousculent, s’abîment et ricochent comme autant d’existences projetées dans le fracas d’un monde où des hommes et des femmes ordinaires deviennent les résistants de la Liberté.


La vie d’un lecteur, aussi trépidante soit-elle, est parsemée d’embûches, d’épreuves, d’instants à surmonter ou à endurer. Des lectures qui se confondent avec l’ennui, des textes qui frisent avec le ridicule, des romans qui nous effleurent à peine. Et puis à côté de ça, il y a les instants magiques. Des auteurs capables de se faufiler là où d’autres n’essayent même pas : dans l’âme du lecteur. Il est des mots, parfois si violents et si justes, que l’on peine à les digérer. Des histoires qui nous happent, nous bousculent un peu, mais nous séduisent totalement. Il est des romans comme Liberté, je dessine ton visage.

J’ai eu la joie d’accepter mon premier « service presse » avec Liberté je dessine ton visage. Ce qui m’a convaincue, moi qui avais du mal à me sentir légitime avec ce concept ? La quatrième de couverture. Clairement. Un sujet actuel, un premier roman, un nouvel auteur. Et puis c’est instinctif, je sens la promesse d’une plume qui pourrait faire des ravages. Alors j’accepte, non sans angoisses et appréhensions. Alors un grand merci à Olivier Tarassot – n’oubliez pas ce nom. Pour sa confiance, mais aussi sa gentillesse et sa compréhension. Je suis une lectrice difficile et il a fait avec. Merci.

***

Ce roman m’a rappelé une expérience que j’ai vécu avec Espoir, sors-moi du noir. Dans l’un, comme dans l’autre, j’en ai oublié l’histoire. J’ai privilégié les émotions, les idées transmises, les mots qui touchent l’âme. Les petites leçons de vie déposées ici et là, les réflexions à s’approprier pour les faire miennes, pour grandir. À leur manière, ces deux romans sont poétiques, il y a forcément quelque chose à en tirer.
Peut-être que si j’ose la comparaison, c’est tout simplement parce que leurs auteurs ont traité un sujet abstrait en le rendant vivant. Que tous les deux ont réussi, et que chacun a apporté ses pensées et ses idées avec délicatesse et talent. L’espoir pour l’un, la Liberté pour l’autre. Et finalement, ces deux concepts se marient plutôt bien.

Olivier Tarassot nous offre une écriture fluide et pointilleuse. Un style déjà bien abouti alors que l’on parle de premier roman. La construction du récit est intelligente. Les chapitres sont courts – très courts pour certains, un peu moins pour d’autres – et ce choix donne du rythme à l’histoire. Mais pas que. Il empêche également le lecteur de se détacher des personnages. L’oblige au contraire, à ne jamais les quitter, à s’attacher, à faire fonctionner son empathie. On ressent les émotions, on les garde, parce que l’auteur ne nous donne pas le temps de faire le point et de digérer la chose. On avale la douleur, l’angoisse, la peur, la tristesse comme de délicieux bonbons, à la différence près que ce roman n’est pas sucré. Pas dans les faits qu’il raconte.

Les premiers chapitres sont consacrés à la présentation des personnages, tout en mettant en place l’intrigue. L’auteur prend le temps d’installer chacun des protagonistes, de raconter leur histoire, les liens qui les unissent, et de planter le décor. C’est un choix de l’auteur, mais c’est surtout nécessaire. L’intrigue se déroule dans plusieurs pays et autour de plusieurs personnages. Il est ainsi primordiale de placer géographiquement le lecteur, en liant le lieu au personnage qui le concerne. Pour résumer, on ne se perd pas d’un pays, d’un protagoniste, d’une situation, à l’autre. Tout est maitrisé.
Et alors que l’auteur met en place son intrigue, l’empathie s’installe dès le début. Le ventre se noue, le coeur se serre, et déjà les prémices d’une histoire douloureuse font leur apparition. Et bien j’adore ça être intégrée à l’histoire dès les premiers mots. Ne pas être spectatrice des événements, mais être happée au coeur de l’action par l’auteur. Les mots sont minutieusement choisis pour que l’intention soit au plus juste, au plus poignant.
Ainsi, Olivier Tarassot réalise la prouesse de nous embarquer dans la tête de chaque protagoniste. Celle de la victime, Charlie, qui d’un moment à l’autre, peut être égorgée, tuée, décapitée dans d’atroces souffrances, mais qui, au nom de sa Liberté mettra tout son courage et sa détermination au service de sa survie. Dans la tête de celle qui partage la vie du détenu, Julie, forte et battante, amoureuse aussi, mais qui endure les événements et les révélations comme elle le peut. Qui à sa façon, fait de son mieux pour survivre, elle aussi. Et puis dans la tête de ceux qui se font enrôler. Sujet épineux, dangereux même, difficile à traiter. On ne pardonne pas, on n’excuse pas, mais on essaye de comprendre à travers des personnages étrangement touchants ; Salahudine d’abord, mais surtout Lola. On fait état des défauts de notre propre pays. On caresse ce qui ne fonctionne pas, ce qui déclenche chez un gamin la volonté d’intégrer une organisation dont on ne comprend pas les motivations. On dépeint l’arrivée dans un pays que l’on ne connait pas, bercé par des promesses qui ne seront jamais tenues. J’ai adoré ce choix. Non pas que ce fût avec plaisir que les mots ont défilé sous mes yeux – les faits sont durs – , mais parce qu’il n’y aucun parti pris, et que justement, on nous donne l’occasion d’avoir toutes les données pour se forger une opinion et vivre pleinement l’histoire, à notre façon avec nos sentiments, nos ressentis, et nos principes.

D’un chapitre à l’autre, le lecteur suit le destin des différents personnages, tous proches et très éloignés en même temps. Chacun vivant le moment différemment, faisant de son mieux pour sa propre liberté, et parfois même, celle des autres. Le lecteur est balloté d’un bord et de l’autre, encaissant comme il peut les différents sentiments, intentions, et émotions. Oui, finalement, c’est peut-être le plus dur dans ce roman : encaisser. Encaisser les faits sous forme de narration, et puis parfois, encaisser les mots des personnages eux-mêmes. Sous forme de confessions, à la manière d’une lettre, chacun étale son ressenti, sa douleur et ses regrets. Une façon de s’exprimer qui touche forcément le lecteur, comme si c’était à lui qu’on s’adressait. Notre incapacité à agir au coeur de l’histoire alors que ces personnages nous appellent à l’aide, est une torture qu’il faut gérer. Finalement, la meilleure solution est encore de croire en la liberté. D’espérer revoir ces personnages sauvés mais surtout libérés, pour qu’ils n’aient plus besoin de s’adresser à nous.

Et puis vient le dénouement, prolongement de multiples révélations dignes des plus grands thrillers. On ne s’y attend pas. Au mieux, on peut y penser mais sans ne jamais croire que cela arrivera. Jusqu’au bout, Olivier Tarassot nous mène en bateau – tout comme Julie – et la bombe qu’il lâche en fin de roman, provoque un « wouahou » tant recherché, mais rarement trouvé.
Cette fin vient boucler la boucle d’un roman terriblement dur, violent, révoltant, mais fait de douceur, d’amour, et d’envie de Liberté. Il est un voyage à travers le monde, faisant côtoyer au lecteur différentes cultures et façons de vivre. Un voyage à travers l’âme et au coeur de ce que l’humain peut faire de pire, mais aussi de meilleur. C’est ce qui le rend transcendant.

Il est de ces romans que nous lisons avec assiduité et passion. Qui nous touchent dès les premiers mots pour ne jamais nous lâcher, même une fois le livre refermé. Des personnages si touchants, authentiques, attachants, qu’ils nous collent à la peau. Et même l’histoire achevée, leurs destins et leur histoire continuent à danser dans nos têtes et parfois dans nos coeurs.
J’ai été séduite par la plume mature et affinée d’un auteur qui, pourtant, avait tout à me prouver. Olivier Tarassot use d’intelligence dans sa manière de narrer l’histoire, pleine de culture, de connaissances et de tournure de phrases qui mériteraient d’être surligner et gardées dans les mémoires.
Ce roman est dur, violent. Tant dans les faits que dans le vécu de chacun des personnages. Faut-il y voir un cri de haine à l’encontre de ceux qui tuent au nom d’une religion ? Absolument pas. Détrompez-vous, ce livre n’est pas un énième récit des pires atrocités que l’on peut imaginer. Il n’a pas la prétention de dénoncer, de relater un témoignage – bien que le style « confessions » des personnages puissent s’y apparenter. Ce roman est dans l’émotion, dans l’amour, et dans la liberté. Une histoire qui décrit une vérité et qui n’exclut rien, sans parti pris, ni moralisation. C’est un cri du coeur, une histoire qui bouleverse, un récit poignant dont on ressort épuisé, mais qui l’espace de quelques heures, nous a quand même fait voyager. Mais à quel prix ?

Liberté je dessine ton visage

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