Henri Loevenbruck – Nous rêvions juste de liberté

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Providence, le grand nulle part.
La bande d’Hugo, dit Bohem, s’englue dans un avenir opaque. Pour s’en affranchir, vivants et libres, ces rêveurs intrépides entreprennent une traversée du pays qui n’épargnera rien ni personne. Guidant leur devoir d’insoumission, trois valeurs tutélaires : loyauté, honneur et respect.
Sur la route, Bohem et les siens feront l’expérience de la vie, splendide et décadente. À la fin du voyage, au bout de l’initiation, un horizon : la liberté.


Si vous déambulez sur les groupes de lecture sur Facebook, alors vous savez parfaitement d’où vient «Nous rêvions juste… De bouquiner». C’est sur ce groupe là que j’ai découvert l’existence du roman que je viens d’achever. Sur ce même groupe que j’ai croisé le nom de Henri Loevenbruck, dont j’ai déjà chroniqué un ouvrage : Le Testament des siècles.
Alors comme tous les livres qui font l’unanimité, il m’a fallu beaucoup de temps pour me le procurer. Attendre que l’engouement se tasse, que les retours se fassent rares pour que finalement, j’ose sauter le pas. C’est une chronique qui m’a définitivement convaincue parce que son auteur soulevait le même problème que le mien. Une fois fait, je l’ai ouvert, et ne l’ai presque plus lâché.

Ce qui m’a frappé dès les premières lignes, c’est le style. Il y a des auteurs capables d’adapter leur patte au genre de leurs romans, au contexte de leurs histoires, à l’âge de leurs personnages, et puis il y a les autres, constants dans leur façon d’écrire et qui adaptent l’histoire à leur style plutôt que l’inverse. Henri Loevenbruck fait partie de la première catégorie. Si dans Le testament des siècles le style correspondait parfaitement à l’ambiance sérieuse et religieuse du récit, ici, la narration est beaucoup plus légère et plus appropriée à la situation. Évidemment, nous retrouvons la patte Loevenbruck avec sa délicieuse façon d’user des mots et de tourner les phrases, tout en s’adaptant à ses personnages, jeunes lycéens. Et alors, ça passe crème. C’est fluide, adapté, et de circonstances. On ose le familier, le récit parlé – un peu – et niveau immersion, on est dedans. Le lecteur redevient adolescent.
Hugo est touchant et ce dès les premiers chapitres. Alors je dois dire que le sujet – l’amitié – ne me touche pas particulièrement, comme déjà mentionné dans la chronique de Chorale. Pas du tout même ! Mais il se trouve que la simplicité et l’authenticité des faits, me rappellent étrangement la lycéenne que j’étais, et pour le coup, j’arrive à me retrouver dans ce récit, et à m’identifier à Hugo.

Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ».

Ce roman est construit sous la forme de « confessions ». Le personnage principal, Hugo, s’adresse directement au lecteur, sans que l’on ne sache trop pourquoi – jusqu’à ce qu’il nous le soit révélé. Il nous raconte et se livre, sur ses années lycées et sur toutes les préoccupations d’un minot de cet âge là : les filles, les soirées, les potes et le besoin de liberté.
J’ai adoré le début, accrochant immédiatement avec l’histoire en découvrant tous les personnages ; Hugo, bien sûr, Alex, Oscar et Freddy. J’ai été profondément touchée par la relation entre Hugo et Freddy qui ressemble plus à une histoire d’amour qu’à une amitié banale. C’est la fusion entre deux êtres qui se sont trouvés, qui ont trouvé en l’autre ce qui leur manquait pour exister et pour oser embrasser la liberté. Et j’ai adoré retrouver cela dans ce livre.
Ce qui réunit ces quatre amis ? L’amitié, mais surtout, le fait d’être une bande qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, prête à défendre ses membres même si le sang doit couler. Il y a un sujet qui est admirablement bien traité dans ce roman : la loyauté. Peut-être même plus que l’amitié.
Cette grande partie qui narre la façon dont les liens se créent, qui explique les pourquoi et les comment, et bien je m’en suis délectée. Parce que la façon dont Henri Loevenbruck pose les mots est sublime et prenante, touchante et simple. On en fait pas des caisses sur les principes de l’amitié, avec des leçons de moral sur ce qui est bien ou non. L’amitié qui se crée sous nos yeux, c’est une amitié entre deux gamins, avec son innocence et ses maladresses, et toute la retenue dont les garçons peuvent faire preuve. C’est touchant au possible, ça comprime le cœur et ça fait sourire.

Et puis vient la grosse partie du livre : le roadtrip. On suit la bande dans ses galères, sa fraternité, ses éclats de rire et de colère, ses explosions, ses bastons, ses instants de douceur et d’amour. On devient membre du club, on monte sur nos bécanes dont on est pas peu fier, et on voyage les cheveux au vent. Sur le fond, j’ai adoré ça. L’intrigue est passionnante, captive le lecteur parce qu’il n’y a aucun temps mort, aucun passage en dessous des autres, et suivre le voyage de cette bande de potes sous la direction de Loevenbruck, est un vrai régale. Mais sur la forme, à certains moments, j’ai été au bord de la crise de nerf à cause de répétitions d’expressions. Des « ma parole », « bon sang », « nom d’un chien » et autres formes semblables qui reviennent quasiment à chaque page.  Aussi que, si les phrases longues ne me dérangent pas plus que cela – au contraire je viens de découvrir que j’aimais plutôt bien -, l’utilisation du « et » à outrance m’a quelque peu agacé. Si bien que j’ai dû faire des pauses, même si, au fond, l’histoire me captivait franchement. L’effet s’est estompé aussi vite qu’il était arrivé, et à nouveau, j’ai été happée dans les galères de nos compères.
Et puis vient la dernière partie du roman. Celle qui balaye instantanément les souvenirs des répétitions d’expressions, les phrases longues, et la lourdeur de certains passages. Cette dernière partie est un instant de grâce et d’émotions. J’ai le coeur qui se serre drôlement. Les larmes qui s’échappent, timides et un peu douloureuses. Les sourires sur certains passages, les rires sur d’autres et je sens se profiler ce qui ressemble à une fin en apothéose.
Et justement elle arrive. Il y a des pincements au coeur, de la trahison, et beaucoup de compassion pour Hugo. Beaucoup de larmes aussi, et c’est assez rare de pleurer d’une douleur aussi intense…

Peut-être que pour une fois un roman mérite vraiment l’engouement qu’il crée. Parce qu’au fond, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher. Il a les émotions, l’histoire en béton aux multiples intrigues, les dialogues sont parfaits, et puis il y a cette satanée troisième partie qui remue de l’intérieur et qui reste, pour moi, le plus beau moment de cette lecture.

C’est dans les yeux que les gens se connaissent.

Nous rêvions juste de liberté

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