Luca Tahtieazym – Versus

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Quand on lui attribue à tort une nouvelle victime, Achille, le tueur en série que la presse a baptisé L’Artiste, comprend qu’une personne connaissant son modus operandi l’imite.
Les rôles s’inversent et il décide de mener l’enquête.
On trompe comme on tue : en se grimant et en semant les bribes d’une vie imaginaire que la proie ne suspectera pas.
Mais qui est la proie ?


 

Dans Versus, nul besoin de s’identifier aux personnages, ça n’est pas le sujet. Dans Versus, le lecteur est pris à parti, et ce malgré lui. Enfin presque. On fait le choix d’ouvrir ce livre. Moins d’être attrapé par Achille, le personnage principal, qui sous couvert de confessions, nous maintient fermement par les épaules afin que l’on ne s’échappe pas.
J’ai souvent pensé à ces fameuses scènes dans lesquelles le bourreau ressent le besoin profond de se livrer à sa victime, avant de l’achever. D’expliquer les pourquoi, quitte à revenir jusqu’en enfance. Et c’est en réalité exactement ça. Achille, dès les premières lignes, ne cache pas au lecteur que celui-ci pourrait devenir un « support » sur lequel le tueur étendrait son art. Parce qu’avant de parler de meurtres, il est surtout question d’art. Achille est un artiste. Il est L’Artiste.
Le lecteur ressent une sorte de malaise tout au long de la lecture, parce que le personnage s’adresse directement à lui et parce qu’il est conscient d’être une victime potentielle. C’est avec attention et angoisse que l’on écoute Achille. On se prête au jeu, on essaye de comprendre ce tueur et qui sait, si on y parvient, peut-être serons-nous sauvés.

En lisant ce roman, j’ai ressenti quelque chose de malsain ; de la compassion. Ou bien ma folie est définitivement prouvée, ou bien l’auteur, Luca Tahtieazym, use d’ingéniosité pour amener son lecteur à compatir contre son gré. Mais en fait, tout ça, c’est grâce à la façon dont Achille a été imaginé.
Il est un personnage complexe. Difficile de lui trouver des excuses. Est-il fou ? Déséquilibré ? A-t-il un mauvais fond de nature ? Alors, il est obligatoirement taré ? Et bien même pas. Achille est intelligent, réfléchi, minutieux même. Les meurtres qu’il commet sont pensés au détail près. On pourrait croire qu’il est un homme sans coeur, sans principes et sans valeurs. Et bien pas du tout. Achille est attachant parce qu’il a une part de fragilité. Un petit détail dans sa vie qui le fait basculer et l’apaise. Qui le rend moins terrible qu’on pourrait le penser : Claire.
Finalement, j’ai beaucoup de compassion pour ce personnage. Je m’y suis même attachée. Si bien que le roman m’a donné quelques frayeurs. Celle de voir Achille tomber, se tromper ou commettre une erreur. Sa vision des meurtres est si compréhensible – même si elle n’est pas acceptable – qu’on en vient, nous aussi, à tenter de trouver qui est l’imitateur. Et puis à le détester, parce qu’après tout, il n’y a qu’un Achille.
Dire que j’ai adoré ce personnage est un mensonge. Il m’a habité, je l’ai accompagné, et le voyage a été magique, jusqu’au bout.
Si il est des fins qui nous laissent sur notre faim, celle-ci, définitivement, n’en fait pas partie. Elle prend aux tripes et les tord dans tous les sens. C’est un mélange de choc et de satisfaction. Une explosion de saveurs et de sentiments qui enfin, comble le manque que j’avais depuis quelques temps. Celui de la fin surprenante qui force à se remémorer tout le récit, et à se demander : mais comment suis-je passé côté ?

En refermant Versus j’ai eu comme un moment de flottement. J’ai d’abord regretté d’avoir mis aussi longtemps à me plonger dans ce roman – trois mois que je l’avais. J’ai été sonnée par cette fin qui arrive très vite – à peine trois pages – et qui gifle littéralement. Et puis enfin, je me suis dit qu’il fallait tout de même une certaine maîtrise de son histoire pour écrire un roman aussi riche. Le personnage d’Achille est détaillé en profondeur. Sa vision des choses, si loin de ce que je suis, exige, pour le coup, que l’on me fasse entrer dans la tête du tueur pour le comprendre. Pari réussi pour Luca qui, par la force des mots et le travail fait sur ce personnage, est arrivé à me convaincre. J’ai adoré Achille. Et grande surprise, je n’ai pas été choquée par les meurtres. Je n’ai pas ressenti de colère, d’injustice. Pas même du dégoût. Tout est fait pour sublimer le passe-temps du personnage, jusqu’à le rendre artistique.

Alors oui, il y a une grande maîtrise de l’histoire, une connaissance parfaite des personnages. Un talent pour le suspens insoutenable et les révélations qui scient les pattes. Il y a une écriture fine, poétique parfois, qui rend beau même ce qu’il y a de plus sombre en Achille. Il y a en Versus, tous les ingrédients pour faire de ce roman un thriller qui laisse des traces et un goût particulier post lecture. Celui d’avoir dégusté un livre écrit avec justesse du début, jusqu’à la fin.

Versus

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