Yasmina Khadra – Qu’attendent les singes

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Le corps d’une étudiante est découvert dans les bois de Baïnem, près d’Alger. Chargée de l’enquête, la commissaire Nora Bilal est loin de se douter que son pronostic vital est engagé. Dans un pays où les intrigues et les fausses pistes dépassent l’entendement, où l’exercice du pouvoir et la corruption s’érigent en sacerdoces, quel sort réserve-t-on à ceux qui osent croire que la loi est au-dessus de tous, surtout lorsque la loyauté est incarnée par une femme ?
Loin de se limiter au thriller politique, Qu’attendent les singes est une formidable radioscopie d’une Algérie qui, après avoir été laminée par le terrorisme islamiste, se retrouve livrée sans emballage aux ogres de l’infamie.


Et si on vous disait que le gouvernement a la main mise sur les médias ? Que les informations relayées sont scrupuleusement choisies, parfois même déformées de leur véracité, dans le but d’évincer, de faire tomber et de manipuler ? Si on vous disait que l’envers du décor du gouvernement est bien plus sombre que ce que l’on pense ? Que tuer, conspirer, user de la délation, sont des pratiques journalières, parce qu’on a Le pouvoir de le faire ? Bienvenue dans Qu’attendent les singes, lieu de corruption et de mensonges où règnent bassesses et manipulations.

La lecture de ce roman a été scindée en trois grosses parties.

Les premiers chapitres sont consacrés à la situation de l’Algérie, passage obligé pour instaurer le climat dans laquelle l’histoire se déroule. Ce qui m’a dérangée, c’est d’avoir ressenti l’opinion de l’auteur. J’ai eu cette impression d’une critique plutôt négative, et totalement ouverte d’un pays qui n’a peut-être rien demandé. Alors en effet, les actes sont déroutants, ils enragent le lecteur autant que n’importe qui serait outré de voir l’envers du décor de nos dirigeants. Si les personnages sont censés nous montrer la situation du pays, ils deviennent très rapidement transparents, si bien que j’ai le sentiment que ça ne sont plus eux qui me présentent les faits, mais l’auteur lui-même.

Une fois le décor planté, alors on s’envole dans une histoire passionnante. L’enquête démarre enfin – même si elle met du temps à venir – et je me délecte de cette grosse partie du roman. Un thriller avec son suspense et ses rebondissements. Une vraie enquête menée par un personnage coup de coeur : Nora Bilal. Ah Nora…
Si m’attacher aux personnages est une chose que je fais assez facilement, m’attacher à un flic est une autre histoire. Je les admire, les respecte aussi, et pourtant je manque terriblement d’empathie à leur égard. Nora ne fait pas partie de ces flics là. Elle n’a pas le détachement que certains policiers fictifs ont. Celui-là même qui enlève une part d’humanité aux protagonistes. Nora est authentique, touchante. Ses yeux pétillent et son coeur se serre. Parce qu’elle est une femme et humaine avant tout. Elle évolue dans un milieu et dans un pays, dans lequel être une femme n’est pas un cadeau, surtout avec son niveau hiérarchique – est-ce d’ailleurs plausible ? Je ne saurais le dire.
L’enquête est menée sans devenir le coeur du sujet. Nous ne sommes pas dans un polar à proprement parlé. C’est en effet tout ce qui gravite autour qui entretient le suspense, apporte les rebondissements, et outre le lecteur. Jusqu’où est-on prêt à aller lorsqu’on a les pleins pouvoirs ?
L’intrigue est dirigée par un auteur qui tient ses personnages, son histoire, et qui sait parfaitement vers quoi il amène son lecteur. Un vrai régal.

Et puis il y a cette fin… Mon dieu que je regrette d’avoir persisté à la lire. Parce qu’en réalité, j’ai senti le vent tourner. J’étais dans l’histoire, les larmes au bord des yeux, et puis tout d’un coup, un trou noir. Un ultime rebondissement qui impose une fin en « happy-end » après tant d’atrocités, de révélations, et dégoûts. Le style de l’auteur change à nouveau, l’histoire prend une direction que je ne comprends absolument pas, et je reste sur ma faim.
Peut-être que certains verront à travers cet ultime dénouement, une façon de boucler la boucle, une vengeance nationale, une happy-end méritée. À vous de la juger. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus noir, tant pis pour moi.

Qu’attendent les singes est un livre qui se laisse lire, qui entraîne le lecteur dans une histoire qui dépasse l’entendement, mais si bien ficelée que l’on est happé. Des pointes d’humour viennent ponctuer le récit, souvent via les dialogues qui m’ont fait sourire et parfois rire franchement. On ne s’y attend tellement pas vu les circonstances.
Ce roman ne restera peut-être pas longtemps dans mon esprit, à cause de cette fin déroutante qui m’a perdue. Néanmoins, la plume de Yasmina Khadra a su me transporter et me faire passer un bon moment de lecture. De là à le relire… je ne sais pas.

Qu’attendent les singes.

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