Mehdy Brunet – Sans raison

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Je suis dans cette chapelle, avec ma femme et mes deux enfants, je regarde le prêtre faire son sermon, mais aucun son ne me parvient.
Je m’appelle Josey Kowalsky et en me regardant observer les cercueils de ma femme et de ma fille, mon père comprend.
Il comprend que là, au milieu de cette chapelle, son fils est mort. Il vient d’assister, impuissant, à la naissance d’un prédateur.


Ce roman aborde le sujet épineux et casse-gueule de la vengeance. C’est probablement le sujet qui me rebute le plus actuellement. La vengeance insoutenable à l’irritante saveur de « gratuit », m’a fait refermé plusieurs livres ces derniers temps. C’est frustrant, d’autant plus que je fais toujours en sorte de me forcer à finir les livres que je commence. Mais lorsque l’incompréhension et le dégoût prennent le dessus, il n’y a plus rien à faire.
J’ai terminé Sans raison sans me poser de questions, embarquée dans ce roman par la plume d’un Mehdy Brunet minutieux – mais pas trop, juste ce qu’il faut. On imagine que, parce que Josey Kowalsky a perdu sa femme et sa fille, la raison est forcément valable. On peut se dire que « peut-être n’aurais-je pas fait la même chose, mais je conçois néanmoins que l’on puisse en éprouver l’envie. » Et bien pas forcément.
Tout est question de dosage. La colère et la haine qu’éprouve notre Josey est certes légitime, mais elles auraient pu être exagérées. Elles auraient également pu amener une vengeance trop dure, violente et démesurée, jusqu’à tomber dans l’absurde.

L’auteur ose offrir à son lecteur, une description du drame à la limite de l’insoutenable, mais sans jamais l’atteindre. Question de dosage. Certes, le texte est dur, violent parfois. Les frissons parcours nos corps face à la vision de ces scènes qui, obligatoirement, nous écoeurent. Mehdy Brunet à l’avantage d’oser. Il a une idée précise de son « pourquoi », et non seulement il ose la mettre en place, mais en plus, il va jusqu’au bout. L’auteur aurait pu faire le choix de passer outre les détails « dérangeants » qui rebutent certains lecteurs par leur dureté. Il aurait pu, c’est certain. Il ne l’a pas fait, et c’est le petit détail qui vient apporter toute la crédibilité à la vengeance, la colère, et au besoin de faire payer. C’est parce qu’il nous livre une version dosée, que tout le reste devient limpide, que Josey devient crédible, et que l’histoire, dans ce cas, trouve un sens.
Et dans le cas de ce roman, non seulement la raison est valable, mais en plus le style me convient parfaitement. J’ai adoré le changement de vocabulaire d’un personnage à un autre qui renforce la personnalité de chacun. Je pouvais presque entendre les voix, les différentes intonations et les tons. Et puis il y a cette plume qui va à l’essentiel, qui n’en fait pas des caisses, et berce le lecteur de pages en pages.

Le lecteur est embarqué dans un roman qui déroule sa pelote à travers trois tableaux. Josey Kowalsky d’abord, accompagné de son père, et épaulé par son grand-père. On fait de cette vengeance une histoire de famille parce qu’on ne croit pas à la justice servie sur un plateau. Rien ne pourra être assez juste pour satisfaire le clan Kowalsky. Et puis il y a le désir de faire le travail soi-même pour se pardonner et apaiser sa conscience. Le lecteur traque, planque, épie avec les personnages. Pire, le syndrome de la vengeance le touche aussi. On imagine la colère mais aussi le soulagement de voir tomber ceux qui nous ont tout pris.
Le lecteur est également convié à suivre ceux qui ont commis le drame, avec cette haine qui s’empare de ses tripes. Ils sont là, et on espère que Josey saura les retrouver lui aussi. Une histoire parallèle qui offre au lecteur des temps-mort dans la chasse à l’homme. Des passages qui permettent de donner du rythme, et de le casser parfois. Parce que du côté de Josey, on ne piétine pas, mais soyons honnêtes, traquer des hommes demande un certain temps. Alors plutôt que de tourner en rond, Mehdy Brunet joue sur un second tableau. Et puis sur un troisième aussi.
Qui dit drame et morts, dit enquête. J’aime avoir un temps d’avance sur les policiers parce que découvrir comment ils arrivent à obtenir les mêmes informations que moi, sans que l’auteur ne le leur disent, est quelque chose que j’adore. Et je trouve que le genre policier se marrie parfaitement avec le thriller. Loin d’être caricaturaux, je m’attache à ces flics atypiques, au point même de les admirer et d’être émue à la fin du roman.

Tout ce beau monde évolue en même temps, dans des espaces différents, sous l’oeil curieux du lecteur qui se demande bien, à chaque instant, comment cette histoire va tourner. Et lorsqu’on approche du but, qu’on se dit que la fin pointe le bout de son nez, tout s’emballe. Les protagonistes se rejoignent sur une même scène et c’est une fin atypique qui se joue sous nos yeux. Mehdy Brunet nous offre un ensemble de scènes vues sous les angles de chaque groupe de personnages. Et ça fait son petit effet ! Comme dans un film, les images défilent, mais seul l’angle de vue change. Le suspense est à son comble lorsqu’enfin, tout se démêle, tout se règle et explose.
Et puis il y a cette fin. Ce dénouement qui me surprend d’abord. Les premières révélations tombent, et moi avec. Je suis surprise parce que mes certitudes sont écrasées. Vient ensuite l’explication du drame qui, malheureusement, ne me convainc pas du tout. Pourquoi la femme de Josey et sa fille sont-elles mortes ? La raison n’est pas trop facile, trop superficielle ou encore trop rapide. Elle n’est juste pas justifiée à mes yeux. C’est dommage, certes, mais ça ne gâche pas le reste puisque tout tient la route. Cette courte explication qui tient sur une page, est mon bémol.

En bref, un roman qui a tout d’un thriller et qui captive le lecteur du début à la fin. Difficile de décrocher de cette histoire qui ballotte le lecteur de suspens en révélations, de tensions en rebondissements, sans jamais lasser. L’auteur tient les rênes de son histoire, et pour une fois, je n’ai pas compté le nombre de pages qu’il me restait avant d’atteindre la dernière.
Pour contrer ma petite déception, les derniers mots laissent à penser qu’une suite est envisagée. Et si c’est le cas, alors ça sera avec plaisir que je retrouverai les personnages encore vivants. Le tout est de savoir qui ils sont !

Sans raison

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