Barbara Abel – Derrière la haine

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Ce qui sépare l’amitié de la haine ? Parfois, une simple haie de jardin…
D’un côté, il y a Tiphaine et Sylvain ; de l’autre, il y a Laetitia et David.
Deux couples voisins et amis, ayant chacun un enfant du même âge.
Deux couples fusionnels et solidaires qui vivent côte à côte dans une harmonie parfaite.
Jusqu’au jour du drame.
Un tragique accident fait voler en éclats leur entente idyllique, et la cloison qui sépare leurs maisons tout comme la haie qui sépare leurs jardins ne seront pas de trop pour les protéger les uns des autres. Désormais, les seuls convives invités à la table des anciens amis s’appellent Culpabilité, Suspicion, Paranoïa et Haine…


Derrière la haine m’a emmenée, accompagnée, très loin dans les émotions. Du bonheur absolu, à la douleur profonde et irréversible. Ce roman aborde beaucoup de sujets, mais toujours avec justesse.

Je ne connaissais pas Barbara Abel, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette première expérience a été une réussite. Pourtant, tout n’avait pas commencé de sorte que le coup de coeur se produise. Si le style de l’auteur m’a convaincu dès la première ligne, les histoires qui débordent de bonheur ont tendance à m’ennuyer, voire me rebuter au point de passer à autre chose. Alors je me suis inquiétée mais l’auteure m’a retourné le cerveau. Ici, pas d’abandon, pas de bonheur à outrance ou exagéré, et si tel est le cas, la manière dont il est exprimé sonne juste et vrai en ce qui me concerne.

Derrière la haine est une histoire d’amitié fraternelle, une histoire d’amour avant tout, un roman sur les relations humaines et leur intensité – en bien ou en mal. La première partie du roman dégouline de bons sentiments. D’un côté Tiphaine et Sylvain, de l’autre Laetitia et David. Entre eux, une haie, et surtout un lien indestructible. Une amitié qui laisse rêveur tant elle est sincère, pure, et profonde. On se garde mutuellement les marmots, on a une confiance aveugle en l’autre, on se retrouve tous les vendredis soirs tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. On partage, on s’aime, et c’est très bien comme ça. Cet aspect de l’histoire aurait pu franchement me barber. Autant je suis laxiste avec le gore, autant avec le bonheur, il faut pas trop poussé loin pour me perdre. Barbara pousse, à outrance diront certains. Et bien moi, je déguste. L’auteure a cette façon de poser les mots pour faire du bonheur, quelque chose de pure que l’on ressent au fond de notre âme – et non quelque chose d’irréaliste. Loin d’en être dégoûtée, j’en redemande. Je me surprends à me sentir sereine en suivant la vie parfaite, de couple presque parfaits. Et c’est ce « presque » qui donne toute l’intensité au roman. Ce presque qui apporte une touche de réalisme et explose à grand coup de pieds mon rejet du bonheur à outrance. Il y a toujours une petite touche de nuance qui vient obscurcir le tableau, de sorte qu’on ne se dit pas « c’est trop beau pour être vrai ». Au lieu de ça, on se dit que « c’est trop juste pour être faux ».

Le malheur est un fardeau qui, à l’inverse du bonheur, ne se partage pas.

Et puis vient le drame. L’événement clé de l’histoire qui va tout faire basculer, tant à propos de l’intrigue, qu’entre les deux couples. Après le bonheur, c’est la douleur qui prend le relais. La guerre est déclarée et il n’y a plus d’amitié qui tienne. On se balance les pires vacheries, et tant pis si ça fait mal, tant pis si l’amitié indestructible en prend un coup. Le lien est rompu, la haine prend le dessus, et la rancune finit le travail. On se déteste et on ne se comprend plus. Alors le lecteur qui s’est pris une vague d’amour dans les yeux, encaisse à présent la colère dans le cœur. La tristesse aussi, et la douleur des personnages qui vivent un moment terriblement dur à supporter. Les vies sont chamboulées, et la lecture prend une toute autre tournure qui sert le cœur, pétrie l’estomac, et torture les yeux.

Jusqu’où la haine peut-elle nous mener ? La rancune, la douleur, ce sentiment d’injustice lorsque la vie s’acharne et que l’on perd ce à quoi on tient le plus au monde ? La réponse, c’est Tiphaine qui va nous la donner. Barbara ne fait pas dans la dentelle. D’abord, elle tient son sujet, contrôle ses personnages, et manipule avec brio le lecteur qui ne s’attend certainement pas à un retournement de situation de cette ampleur là. Tiphaine, à qui l’on s’était bien évidemment attachée – on comprend pourquoi en lisant le livre – devient peu à peu détestable. Mais rapidement, l’auteure nous entraîne dans une autre direction. Et si finalement, c’était Laetitia qui avait le plus de colère ? On perd notre affection pour l’une, pour la reporter sur l’autre. La dernière partie du roman est un match de tennis. Les deux femmes se renvoient la balle puante, celle qui dit « c’est toi la pire ». Le lecteur tente, en vain, de percer le mystère, de peser le pour et le contre, et de prendre parti. Un choix impossible à faire tant que nous n’avons pas toutes les données. Barbara Abel manipule son lecteur avec perfection, au point qu’il faut attendre les toutes dernières pages pour démêler cette intrigue portée par la haine et le désir de vengeance.

Un coup de coeur ? Pas tout à fait. Oui pour l’auteur qui m’a scotchée par sa plume et sa maitrise de l’histoire. Les personnages authentiques, si proches de la réalité. L’intrigue si parfaitement bien ficelée jusqu’au dénouement final. La richesse des rebondissements, la stupéfaction à chaque retournement de situation… bref un thriller, un vrai. Seule ombre au tableau qui empêche le coup de coeur – il faut bien qu’il soit rare pour être exceptionnel – l’ultime face à face qui se déroule, à mon avis, bien trop facilement. Il aurait mérité un peu plus de tension. On reste tout de même dans un très bon roman!

Derrière la haine.

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