Nick Gardel – Droit dans le mur

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Ancien vigile, Michel Marchandeau a cru au rêve campagnard : il s’est installé dans une maison des contreforts vosgiens. Mais le voisinage peut vous pourrir la vie bien plus vite qu’on ne le croit.
Entre une congrégation d’illuminés aux prétentions territoriales envahissantes et un anglais chercheur de trésor, le retraité va devoir jouer des poings. Rapidement les cadavres commencent à s’entasser et cette histoire pourrait bien finir droit dans le mur…


 

 

Nick Gardel, l’homme capable de déclencher un fou rire général à l’aide d’une petite phrase. Croyez-moi, au salon du livre de Tulle, il en a déclenché, et pas des moindres. Ce salon m’a appris à ne pas me fier aux caractères des auteurs, mais avec Nick, il faut s’y fier.

Sortant de Kuru, je me dis qu’une franche rigolade ne me fera pas de mal. Pari réussi. Dès le premier chapitre, j’esquisse un sourire, suivit d’un gloussement naturellement lâché, parce que la plume de Nick Gardel invite au rire.

Au rire, certes, mais pas que. Parce que finalement ce livre raconte la vie plutôt ordinaire d’un petit village dans lequel mégères et paysans forment une joyeuse bande de tarés. Des tarés, mais réalistes. Autrement dit, on passe d’un moment de sérieux absolu qui nous conte l’histoire de tel ou tel habitant, pour, quelques lignes plus tard, partir dans des délires de vieille folle qui en veut à tout le monde, et surtout à l’anglais du coin. L’histoire de centaines de villages à un détail près ; la présence d’une secte aux pratiques peu conventionnelles. Le gourou ayant décidé de mettre la main sur les plus grandes propriétés du village afin d’étendre son temple, une guerre sans merci va avoir lieu entre habitants démunis, et endoctrinés cinglés. Enfin démunis, faut pas pousser ! C’est que les petits vieux, ils ont encore des ressources, vont pas se laisser marcher sur les pieds. Et tout ça avec humour, bien entendu.

La plume de Nick Gardel se veut à la fois simple et complexe. En réalité, l’auteur adapte son style à ce qu’il raconte, passant d’un langage presque parlé, à un vocabulaire un peu plus soutenu. Ceci est vrai pour le narratif, mais également pour les dialogues. Chaque personnage possède son propre vocabulaire, ses intonations, et son accent. Dans ces cas là, il serait presque inutile d’utiliser les incises, tant chaque personnage est reconnaissable à son langage.

Chaque chapitre se concentre sur un personnage en particulier, ce dernier recevant ainsi toute la lumière, et surtout, toute notre attention. Le lecteur est prisonnier et n’a d’autre choix que de s’attacher à chacun d’entre eux. On voyage de tableau en tableau, transportés par l’artiste Nick Gardel, qui nous peint des scènes aussi hilarantes les unes que les autres. Touchantes aussi parfois. Et finalement, une intrigue se dessine à mesure que l’histoire avance. Des corps sont retrouvés, une enquête est menée, et la tension se met peu à peu en place. Des corps de petits vieux qui n’ont rien demandé à personne, à part peut-être, un peu de tranquillité. Ces personnages que l’on a accompagnés, tenus par la main, comme on aiderait une personne âgée à traverser une route bondée de voitures. Quelque part c’est un crève-coeur, parce que l’auteur nous a, nous aussi, tenus par la main pour nous plonger dans l’histoire de chaque protagoniste. On connait leur tracas, leur douleur, un peu de leur vécu. On s’est immiscés dans leurs vies, et on nous les reprend alors que le lien était solide. Ce qui avait commencé comme une grosse farce, un moment de fou rire intense, se transforme, dans le dernier quart du livre, en moment poignant qui serre le coeur et fait couler quelques larmes.

J’ai adoré cette petite lecture à la fois fraîche et très loin de ce que j’ai l’habitude de lire. Ici, pas de suspense insoutenable, ni de rebondissements à vous couper le souffle. Non. Une histoire qui se veut simple – mais pas simpliste – avec un style en accord qui nous fait voyager au coeur d’un petit village comme il en existe des centaines. Des habitants qui, comme tout un chacun, ont leurs problèmes et leurs quotidiens qu’ils gèrent avec plus ou moins d’aisance. Une histoire à priori banale, mais rendue exceptionnelle par la plume d’un Nick Gardel atypique, et la présence d’une secte de tarés. Agréable surprise pour moi qui ai eu peur de me perdre au début, mais il faut se rendre à l’évidence, je n’ai pas décroché une seule seconde. Et en plus de ça, j’ai franchement rigolé.. du simple rire au fou rire incontrôlable, ce roman a été une bouffée d’air frais. Le dernier quart du livre a pris une toute autre direction, m’envoyant flirter avec l’horreur, l’injustice, et une sacrée envie de pleurer.

Le dénouement vient boucler une histoire originale, magnifiquement bien ficelée, en apothéose. Je me suis régalée.

Droit dans le mur.

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