Valéry Bonneau – Une tarte dans la gueule

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Olive, serveur, se prend une tarte dans la gueule et y voit un signe du destin. Forcément, son destin va s’en ressentir. Il décide de prendre sa liberté et de monter son bar restaurant avec ses potes, même si sa femme, plus lucide, est moins enthousiaste. Mais Olive, s’entête. Comptable alcoolique, banquier incompétent, notaire véreux ou usurier exigeant, quelles que soient ses rencontres, il avance. Lorsque le destin vous ouvre les yeux à coup de tarte dans la gueule, vaut mieux y aller à petits pas mais Olive court, Olive fonce. Il fonce droit dans le soleil ou droit dans le mur… Un polar urbain dans un Paris haut en couleur. Un polar très drôle mais très noir.


Je me rappelle avoir sourit en découvrant le titre de ce roman sur Amazon. Une tarte dans la gueule, a au moins le mérite de me faire rire, et ce, dès l’achat. Je me dit que l’auteur a osé, et si le but était d’attirer l’attention, ça a forcément marché sur moi. Les polars et romans noirs ne sont pas mes genres de prédilection, et pourtant, j’hésite à peine à ajouter celui-ci à mon panier Amazon. À cause du titre, c’est évident. Je n’aime pas forcément la vulgarité, mais bien utilisée, elle est drôle.

Les premiers mots de ce roman me conforte dans l’idée qu’il y a quelque chose à tirer de ce livre. Au mieux, une histoire de dingue, au pire, un bon moment. « Il m’a mis une tarte dans la gueule le con ! » donne le ton, et je suis embarquée illico presto dans le style du roman.

Ce roman, c’est l’histoire d’Olivier. Un type ordinaire. Le genre de types qui pourrait être notre voisin, notre ami, ou une simple connaissance que l’on croise toujours au même endroit : dans les bars. Parfois, on le déteste, parce qu’il est macho, qu’il délaisse son foyer, son fils et sa femme préférant traîner dans les bars. D’ailleurs son couple bat de l’aile à cause de promesses non tenues, d’absences à répétition, et d’un penchant certain pour l’alcool. Parfois, on l’admire, parce qu’après la fameuse tarte dans la gueule, il quitte son boulot et décide d’ouvrir son bar. Olivier est en recherche constante de liberté. Il ose et franchit le pas. Et puis souvent, on compatit. La création d’entreprise n’est pas une partie de plaisir. Le chemin est long et parsemés d’embûches. Mais jamais Olivier ne baisse les bras. Il a cette force de caractère qui le pousse à persévérer, autant qu’à prendre de gros risques. Il mise sur sa bonne étoile, mais parfois, ça ne suffit pas.

Il y a cette grosse partie du roman, qui relate tout ce qu’il se passe entre le moment où Olivier décide de lancer son affaire, et le moment où le bar ouvre. Cette partie m’ennuie dans un premier temps, parce qu’elle est longue et qu’à ce moment là, je pense qu’elle n’apporte rien. Je la vois comme une critique sur la création d’entreprise, et sur la société. C’est la crise, le travail devient problématique, le nombre de chômeurs augmente. Et à l’inverse, lorsque un type lambda veut créer de l’emploi, c’est un calvaire à mettre en place. Une procédure longue, qui demande de multiples démarches administratives, et surtout, de l’argent. Finalement, l’argent est le cœur du problème. Il est la cause de la démission d’Olivier, celle aussi du mur face auquel il se retrouve alors qu’il veut ouvrir son bar le plus rapidement possible. Celle aussi de sa décadence et de la fin du roman. Finalement, Olivier emprunte les chemins boueux, parce que les banques ne suivent plus, que les amis veulent bien participer à l’aventure, à condition qu’ils restent assis sur une chaise à regarder Olivier se démener. Que la vie est parfois bien différente de ce que l’on croit et qu’un événement peut mettre une famille entière dans le rouge. Olivier ne baisse pas les bras, et tant pis si il doit prendre le chemin dangereux.

Son bar créé, les premiers clients pointent le bout de leur nez. Alors que tout cela devrait être une belle aventure, pour Olivier tout se gâte. L’argent devient un réel problème, et tout s’enchaîne. L’idée que son bar puisse faire faillite n’est pas une option envisageable pour Olive. Sa décadence est touchante. L’effet boule de neige apporte d’autres problèmes, toujours plus importants les uns que les autres. Olivier se réfugie dans l’alcool, la drogue, la paranoïa et la folie. Pour arriver à ses fins, il a utilisé les chemins boueux qui vont l’aspirer dans un tourbillon de problèmes dont il doit payer la note. On a peur pour lui, pour sa famille, et on redoute la fin.

La dernière partie apporte avec elle un dénouement surprenant. J’avais tout imaginé, mais cette fin là, pas même une petite suspicion. Rien. Elle explose lorsque je marche dessus, me sciant littéralement les pattes. Finalement, tout est parti de cette fichue tarte dans la gueule. Un geste anodin qui a changé, à jamais, le destin d’une famille entière.

L’utilisation de l’argot donne un côté authentique à cette histoire. Il sert complètement l’immersion. On y est, nous sommes dans le bar avec Olivier. On parle de smicard, de populo, de bobo. On refait le monde, imbibés d’alcool. Je me sens dans un Marche à l’ombre ou un Laisse béton, de Renaud. C’est clairement cet esprit là qui me transporte, et j’adore ça.

J’ai été touché par le personnage qui se démène pour atteindre son rêve, mais qui se retrouve face un problème de taille : le monde qui l’entoure. C’est quasiment seul qu’il va devoir braver les ennuis. Ses parents ne le soutiennent pas, ou très peu. Ses amis ne lui prêtent pas main forte – et pourtant ils sont censés être associés. Les banquiers qui acceptent le projet mais qui finalement retournent leur veste en refusant le prêt. Les travaux de rénovation qui demande main d’œuvre et ponctualité – mais personne pour donner un coup de main. Des refus et des décisions à prendre au pied du mur, suffisent à Olivier pour s’embringuer dans des plans foireux, pas très net, et dont on est persuadé que le revers de la médaille sera fatal.

Cette fin noire qui vient scellée le destin d’Olivier et qui nous pousse à remonter le fil des événements, pour finalement se dire que tout ça ne méritait peut-être pas autant d’acharnement. J’ai adoré cette fin. Elle donne un sens, une explication, et un dénouement à tout ce qu’il se passe avant et qui paraît anodin.

Ce roman, au final, a été une vraie tarte dans la gueule.

Une tarte dans la gueule

 

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3 réflexions au sujet de « Valéry Bonneau – Une tarte dans la gueule »

  1. Bonjour, j’avais raté cette chronique.
    Très content que le roman vous ai plu.
    Et merci pour la chronique, je trouve intéressant de voir votre ressenti.
    A bientôt peut-être pour le deuxième roman 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Karim Berrouka – Le club des punks contre l’apocalypse zombie – Au fil de l'histoire

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